LETIZIA BATTAGLIA. 05.12.24 — 18.05.25. Jeu de Paume, Paris – France
“Cette exposition retrace l’ensemble du parcours créatif de Letizia Battaglia (Palerme, 1935-2022) à travers plus de deux cents photographies, livres, journaux et magazines provenant de l’Archivio Letizia Battaglia. Ces archives témoignent de la variété de ses moyens d’expression et de la continuité de son engagement politique.

La jeune Letizia Battaglia fait ses débuts à Milan, à l’orée des années 1970, en réalisant pour plusieurs magazines des reportages à travers l’Italie sur l’évolution des mœurs, surtout sexuelles. Elle signe non seulement les articles,mais prend aussi les photographies qui les illustrent. La période la mieux connue de son travail débute quelques années plus tard, au milieu des années 1970, dans sa Palerme natale où elle est retournée vivre. Là, elle documente chaque jour, pour le quotidien L’Ora, les tragiques événements mafieux qui ensanglantent la capitale de la Sicile pendant plus d’une décennie. Elle produit alors quelques-unes de ses images les plus célèbres. L’exposition entend également mettre en lumière la volonté de l’artiste de représenter, à la même époque, sa ville et sa région dans leur globalité, et le talent qu’elle déploie pour en montrer les misères et la noblesse, avec l’amour et la joie, la beauté des visages des filles et des garçons, les traditions et fêtes religieuses, allant jusqu’à livrer un témoignage important sur la vie au sein d’un hôpital psychiatrique.

Lauréate en 1985 du prestigieux prix de la photographie humaniste W. Eugene Smith, Letizia Battaglia s’ouvre à d’autres régions du monde – de l’Union soviétique aux États-Unis, de la Turquie à l’Islande – tout en restant fidèle à sa poétique, qu’elle décrit elle-même en ces termes : « La photographie devient, ou plutôt elle est la vie racontée : je me glisse dans une photographie qui est le monde, c’est-à-dire que je deviens le monde et que le monde devient moi. » Dès le milieu des années 1980, Letizia Battaglia complète son activité de photographe par un engagement politique et civil direct, crée plusieurs revues et fonde une maison d’édition. L’exposition se conclut sur ces activités, qui éclairent ainsi différemment les images de ses débuts”. Commissaire de l’exposition : Walter Guadagnini, directeur artistique de CAMERA – Centro italiano per la fotografia, Turin.

Letizia Battaglia nait à Palerme le 5 mars 1935. En 1969, elle commence à travailler comme journaliste pour le quotidien palermitain L’Ora et s’initie à la photographie. En 1971, elle rejoint le photographe Santi Caleca à Milan où elle collabore avec l’hebdomadaire ABC ainsi qu’avec les magazines Le Ore, Homo, Duepiù et Vie Nuove. En 1974, L’Ora propose à Battaglia et Caleca de s’occuper du service photographique du journal ; les deux journalistes retournent à Palerme. De 1976 à 1991, elle travaille pour le journal L’Ora au côté de Franco Zecchin, avec qui elle fonde le groupe Informazione Fotografica et son Laboratorio d’Informazione Fotografica. Durant cette période et dans le cadre de son activisme anti- mafia, elle crée, en 1977, le Centro siciliano di documentazione Giuseppe Impastato, avec entre autres Umberto Santino, Anna Puglisi et Franco Zecchin. Dans les années 1970 et 1980, elle suit un cours de mise en scène à l’école de théâtre Teatés, dirigée à l’époque par Michele Perriera. Elle met en place des pièces de théâtre et des ateliers théâtraux à l’hôpital psychiatrique de Palerme. Letizia Battaglia est la première femme européenne à recevoir le prix W. Eugene Smith Fund Grant in Humanistic Photography à New York en 1985, prix qu’elle partage avec Donna Ferrato. En 1986, elle ressent le besoin de se consacrer à la politique et devient, l’année suivante, conseillère municipale pour la viabilité urbaine puis, en 1991, adjointe régionale au sein du parti La Rete. Après les meurtres des magistrats Giovanni Falcone et Paolo Borsellino en 1992, elle cesse de photographier les crimes mafieux. En 1986, Letizia Battaglia se lance dans l’édition : elle donne naissance au mensuel culturel et politique Grandevù – Grandezze e bassezze della città di Palermo. En 1991, avec Simona Mafai et d’autres femmes, elle fonde Mezzocielo, un magazine bimensuel créé par et pour les femmes. La maison d’édition Edizioni della battaglia est créée en 1992. En 2007, elle reçoit le prix Dr Erich Salomon de la Deutsche Gesellschaft für Photographie. Deux ans plus tard, en 2009, elle est à nouveau récompensée à New York par le Cornell Capa Infinity Award puis nominée pour le prix Nobel de la paix par Peace Women Across the Globe. En 2017, elle fonde le Centro Internazionale di Fotografia dans les Cantieri Culturali della Zisa à Palerme, ancienne zone industrielle réaménagée en quartier culturel. Elle le dirige jusqu’à la fin de sa vie. En 2021, l’association Archivio Letizia Battaglia est créée avec l’aide de ses petits-enfants Matteo et Marta Sollima dans le but de promouvoir et de protéger son travail. Letizia Battaglia décède à Palerme le 13 avril 2022. La gestion de son œuvre est confiée à l’association Archivio Letizia Battaglia.


