Modus Videndi, photographies de Bernard PLOSSU et Françoise NUÑEZ. Du 9 janvier 2021 au 27 février 2021, la galerie d’Ombres blanches, le café Côté Cour et la librairie Langues Étrangères – Toulouse, FRANCE

Les photographes par eux-mêmes.

Françoise et Bernard se rencontrent lors d’un pique-nique il y a de cela… des années ! À la campagne chez les Dieuzaide, chez qui Françoise était stagiaire. Bernard avait croisé Jean Dieu- zaide lorsque celui-ci était venu à Taos sur les hauts plateaux du Nouveau-Mexique, sur les traces de Strand et Weston. Plus tard, Françoise et Bernard se retrouvent et voyagent ensemble au Mexique. Au retour définitif des Usa de Bernard, mariage en 1986. Naissance de leur fils Joaquim la même année, puis de Manuela, leur fille, en 1988. Françoise et Bernard voyagent encore beaucoup ensemble, quelques fois avec les enfants, quelques fois sans, tant que ceux-ci sont petits (merci aux pa- rents de Françoise !). Ils voyagent en Inde, à Jaisalmer, en Tur- quie à Malatya et au Nemrud Dag, en Grèce plusieurs fois, soit dans les îles du Dodecanese, soit à Athènes et à Thessalonique. Ces voyages ont lieu à la fin des années 80. De même, ils vont avec Joaquim bébé, à Stromboli en 1987 et avec Joaquim et Manuela vivre dans l’île de Lipari. Ils se rendent aussi au Portu- gal, à Coimbra. Et ils partent avec les enfants dans la région de la famille paternelle de Françoise, à Almeria, où ils s’installent finalement pour de bon 4 ans, dans la région de Cabo de Gata, avec les enfants à l’école communale se mettant à apprendre ainsi l’espagnol, avec… l’accent andalou ! Puis c’est le retour à la vie rangée en France. En 1991 ils s’installent dans le sud de la France et commencent une vie plus sédentaire : fini le noma- disme ensemble !… les voyages continuent, mais séparément.

Françoise NUÑEZ et Bernard PLOSSU

Alain MONNIER: ils ont fait des enfants, des voyages et des photos. Non ! Des voyages, des enfants et des photos. Ou peut-être des voyages, des photos et des enfants. Ou plutôt des photos, des voyages et des enfants. C’est compliqué d’autant que Françoise, en voyage, est sur des photos, parfois avec des enfants, et que Bernard a donc pris ces photos, en étant en voyage avec elle et les enfants. À moins que ce ne soit avant tout pour le voyage, et dans ce cas les photos de Françoise prises par Bernard sont la raison du voyage, mais il manque alors des photos de Bernard prises par Françoise. Enfin on ne sait pas, peut-être en ont-ils décidé ainsi pour cette exposition. Car par-delà les voyages, les photos et les enfants, il y a aussi les expositions et les livres publiés avec les photos que l’on veut montrer. Donc on est d’accord pour montrer les voyages, les photos, et aussi les en- fants. Le voyage est dans les photos mais les photos ne sont pas le voyage, même si ce sont elles, et uniquement elles, qui restent du voyage. C’est compliqué. Tout est dans tout, il est extrêmement difficile de trier. Dans ce sens, on pourrait croire qu’il manque des photos des enfants prises par Françoise, sauf qu’il y a des enfants du Mexique, d’Éthiopie, d’Inde, d’ailleurs. Des photos de femmes et d’hommes prises par Françoise et réciproquement par Bernard. En fait tout se mélange, et peu à peu l’humanité transpire des photos, elle suinte, s’extirpe… sauf des photos de Méditerranée sans âme qui vive. Pourquoi ? Il faut demander à Bernard, et s’il ne répond pas, poser la ques- tion aux enfants. Pourquoi ces photos sans personne ? L’avenir sans avenir ? Françoise ne s’en mêle pas, il n’y a pas toujours des êtres humains sur ses photos du bout de monde. Ne nous écartons pas. Il y a des voyages, des photos, des enfants, des hommes et des femmes, de la terre, il y a des paysages, des fragments de paysages, ceux-là mêmes que les gens derrière le photographe aperçoivent sans jamais bien sûr les voir. Bref il y a l’humanité, en puzzle, mais tout entière, dans sa misère et son arrogance, dans sa défaite et sa félicité. Donc il y a des voyages, des photos et de l’humanité. À moins que ce ne soient des voyages et de l’humanité. Ou juste de l’humanité, les voyages et les photos ne servant à rien. À moins qu’il n’y ait plus rien. En Méditerranée, le berceau de notre civilisation, en fait de notre humanité, semble vide. Peut-être est-il déjà dans l’attente de la suivante…