FINIR EN BEAUTÉ. Sophie Calle. jusqu’au 29 septembre 2024. Cryptoportiques, Arles – France

“Peu avant l’inauguration de mon exposition À toi de faire, ma mignonne au musée Picasso, à Paris – reconte Sophie Calle -, un orage a causé des dégâts dans ma réserve et des spores de moisissure se sont infiltrées dans Les Aveugles, une des séries qui devaient la constituer. Les restaurateurs se sont prononcés : afin d’éviter tout risque de contamination, il était préférable de détruire les œuvres. J’ai, dans l’urgence, pris le parti de mettre en scène leur absence. Pour un projet qui avait pour origine l’anniversaire de la mort de Picasso et se concluait en évoquant ma fin, cette décomposition faisait sens. Seulement ces aveugles avaient trop compté dans ma vie pour terminer la leur à la décharge. J’ai alors repensé à une idée de l’artiste Roland Topor d’inhumer un vieux chandail qu’il ne pouvait ni donner ni jeter.

Les cryptoportiques d’Arles se prêtent à une telle cérémonie : l’année précédente, durant les Rencontres, l’humidité qui y règne avait insidieusement attaqué les photographies exposées, et les champignons l’avaient emporté. Ce lieu, censé les protéger, avait paradoxalement agi comme un outil de destruction. Que cela se soit produit dans une ville qui joue un rôle majeur dans la préservation des images est pittoresque. J’ai donc imaginé que je pourrais ensevelir ici mes aveugles, afin qu’ils finissent de se décomposer et que leurs mots, qui ne parlent que de beauté, s’enfoncent dans les soubassements de la ville”.

Née en 1953 à Paris. Vit et travaille à Malakoff, France. Depuis la fin des années 1970, Sophie Calle fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde. Tour à tour décrite comme artiste conceptuelle, photographe, vidéaste et même détective, elle a développé une pratique immédiatement reconnaissable, alliant le texte à la photographie pour nourrir une narration qui lui est propre. Ses travaux forment un vaste système d’échos et de références internes, connectés entre eux comme les chapitres d’une œuvre globale dans laquelle Sophie Calle brouille quelquefois les frontières entre l’intime et le public, la réalité et la fiction, l’art et la vie. Son travail orchestre méticuleusement une réalité sous-jacente – la sienne ou celle des autres – tout en laissant la place au hasard.