Prix Viviane Esders 2025.

Le Prix Viviane Esders a la joie de vous présenter les 3 finalistes de l’édition 2025. Le jury réuni par Viviane Esders a choisi trois démarches et approches distinctes de la photographie dans l’esprit d’une découverte ou redécouverte de carrières qui sont le reflet de pratiques photographiques de ces quarante dernières années.

Cette année le prix a reçu 222 candidatures provenant de 25 pays européens, dont 32 % de femmes photographes et 68 % d’hommes photographes, une augmentation encourageante pour les candidatures féminines (28 % en 2024) et une plus grande représentation de pays (17 en 2024). 42 des candidatures présentées ont été suggérées par les nominateurs, nouveau groupe d’experts européens de la photographie qui participent à la recherche d’artistes.

Hot little Mama, 1988
gelatin silver print on Agfa Brovira
80 x 60 cm

Finaliste 2025, Dörte Eißfeldt

Née en 1950 à Hambourg en Allemagne, Dörte Eißfeldt est une figure de la photographie contemporaine allemande, dont l’œuvre explore les potentialités formelles et conceptuelles du médium. Formée à l’Université des beaux-arts de Hambourg, elle enseigne dans différentes institutions jusqu’à sa nomination en 1991 comme professeure d’arts plastiques et de photographie à la prestigieuse Braunschweig University of Fine Arts, poste qu’elle occupera jusqu’en 2016.

La pratique artistique d’Eißfeldt s’articule autour d’une interrogation sur le statut et les procédés de l’image photographique. « La photographie est pour moi un travail à partir de fragments de réalité ; c’est une expérimentation avec la matière, qu’elle soit issue du processus analogique ou numérique, avec pour objectif de créer, à travers l’œuvre, un lien autonome, intense et en même temps ouvert avec le monde. Il s’agit de laisser agir — ou advenir — dans l’image ce qui est sauvage, obscur, insaisissable, ou beau, sous une forme ouverte, stimulante, surprenante, qu’elle soit très grande ou infiniment petite. ».

Elle manipule lumière, chimie et papier dans des processus analogiques et hybrides, confrontant les techniques traditionnelles — solarisation, montage, expositions multiples — à celles des nouveaux procédés numériques. Au fil de ces projets, Eißfeldt poursuit une quête profonde : dépasser la simple représentation pour révéler la photographie comme objet processuel, dont la matérialité, l’histoire technique et la mise en tension conceptuelle façonnent un univers visuel à la fois poétique, réflexif, marqué par la surprise et l’intensité.

Finaliste 2025, Oleksandr Suprun

Né en 1945 dans le village de Berezivka, près de Kharkiv en Ukraine où il vit aujourd’hui, Oleksandr Suprun est l’un des artistes de la première génération de l’École de photographie de Kharkiv. De 1962 à 1968, il étudie à l’Institut polytechnique de Kharkiv et obtient en 1972 un doctorat en ingénierie. En 1967, il rejoint un club photo régional, puis participe, aux côtés de Jury Rupin, Evgeniy Pavlov, Oleg Maliovany, Boris Mikhailov, Guennadiy Tubalev, Oleksandr Sitnichenko et Anatoliy Makienko, au groupe Vremia [Le Temps], fondé en 1971.

Si nombre de photographes de l’École de Kharkiv ont ponctuellement expérimenté la technique du collage, Oleksandr Suprun en a fait une démarche artistique à part entière. Loin des esthétiques surréalistes qui prévalaient ailleurs, il s’empare du photomontage comme d’un moyen d’expression personnel et poétique, à travers lequel il explore les paysages et les scènes rurales de son enfance. Issu d’un milieu rural, il puise dans cette expérience la matière de ses collages, qui évoquent paysages, scènes villageoises et figures locales.

Dans le contexte répressif de l’Union soviétique, photographier des personnes dans l’espace public constituait un acte susceptible d’être assimilé à de l’espionnage et conduire à l’arrestation. Suprun dissimulait alors son appareil photo dans un sac de courses, recourant à un dispositif technique lui permettant de capter ses sujets à leur insu. Si ses images peuvent, au premier regard, paraître d’une grande simplicité, elles révèlent, à y regarder de plus près, une sophistication visuelle fondée sur l’agencement subtil de fragments photographiques, véritable travail d’orfèvre de découpage et de montage.

Finaliste 2025, Bohdan Holomíček

Né en 1943, dans le village de Senkevichivka, en Ukraine, Bohdan Holomíček déménage avec ses parents en 1947 à Mladé Buky, alors en Tchécoslovaquie. À 14 ans, il reçoit pour Noël un appareil photo soviétique Smena et dix films 35 mm, qu’il développe le même jour. De son adolescence à sa retraite comme électricien, Bohdan Holomíček a documenté sa propre vie, ainsi qu’un pan entier de l’histoire culturelle et politique de la République tchèque. Depuis 1995, il poursuit sa carrière en photographe indépendant.

« Bohdan Holomíček est un phénomène rare de la culture tchèque. Il est le photographe des rencontres amicales, celui qui capture l’optimisme, les moments de gentillesse et les éclairs d’amour, avec la contribution magique de la lumière. » C’est ainsi que l’historienne de la photographie et conservatrice tchèque, Anna Fárová, a décrit le travail de Bohdan Holomíček. Son vaste corpus photographique tient à la fois du journal intime et de la mémoire collective, retraçant les instants extraordinaires du quotidien sous la forme d’un journal visuel ouvert au regard du spectateur.

L’un des marqueurs du langage artistique de Holomíček réside dans le dialogue qu’il établit entre image et texte. Suivant une démarche formelle, il conserve le cadre noir du tirage photographique et utilise les marges restantes du papier pour y inscrire des annotations manuscrites. Ces légendes manuscrites — allant de descriptions factuelles à des réflexions personnelles — s’entrelacent avec l’image. Il a photographié une myriade de personnes, des plus ordinaires aux icônes de la dissidence et de la culture tchèque.