Koudelka Theatre. delpire & co Éditeur Paris 2021

Les débuts méconnus de Josef Koudlka comme photographe de plateau à Prague dans les années 1960. 58 photographies nouvellement éditées accompagnée d’un texte de l’historien de la photographie Tomáš Pospěch, delpire & co Éditeur Paris est heureux de publier Koudelka Theatre.

Selon ses propres dires, Josef Koudelka était peu attiré par le théâtre dans sa jeunesse. Lorsqu’il arrive à Prague de son village de Moravie à la fin des années 1950, il se consacre avant tout à ses études. Il s’intéresse alors aux avions, à la musique folklorique et à la photographie, qu’il pratique en amateur. Un camarade de classe lui recommande de rencontrer son oncle, qui travaille à la rédaction de la revue Divadlo (Théâtre), alors à la recherche d’un photographe. C’est dans ce contexte que Josef Koudelka, bientôt ingénieur aéronautique de métier, devient photographe de plateau.

Dans les années 1960, les théâtres praguois font partie des rares lieux de la Tchécoslovaquie soviétique où perdure une relative liberté d’expression. Le dramaturge et essayiste Vaclav Havel, futur président de la République fédérale tchèque et slovaque (1989-1992) y est particulièrement actif, notamment au Théâtre sur la Balustrade (Divadlo na zábradlí). Cette scène est alors un haut lieu du théâtre de l’absurde, où des metteurs en scène tels que Jan Grossman interprètent Ubu Roi, d’Alfred Jarry (1964), En attendant Godot, de Samuel Beckett, ou Intermezzo de Jean Giraudoux… À la suite du Printemps de Prague (1968), ces scènes sont contraintes de fermer, et leurs animateurs entrent en dissidence ou quittent le pays.

Il existe une corrélation riche entre la photographie de théâtre de Koudelka et sa façon ultérieure de concevoir ses images comme une réflexion sur le théâtre du monde. Tout ce que nous connaissons de sa pratique de l’image se retrouve dès ses débuts dans le travail qu’il réalise à Prague dans les années 1960 : son attention à la composition graphique, sa facilité à travailler dans des espaces restreints parmi des personnes en mouvement et dans des situations d’éclairage difficiles, son obsession à revenir encore et encore sur le même motif, les mêmes gestes et rituels. C’est au cours des années 1960 qu’il documente également la vie des gitans. Ces deux séries, créées en parallèle et sur le temps long, entretiennent de nombreux liens.

«Les Gitans, c’était aussi du théâtre. À cette différence près que la pièce n’était pas écrite d’avance et qu’il n’y avait pas de metteur en scène. Il n’y avait là que des acteurs. C’était le réel, la réalité, la vie. Il y avait tout. C’était un autre type de théâtre, c’était le théâtre de la vie. Sans rien à y arranger. La seule chose qu’il fallait savoir, c’était comment réagir. Il ne dépendait que de moi ce que j’allais en faire.»
Josef Koudelka, Propos recueillis par Otomar Krejča, ‘Divadlo, Zkušenost z představení’, in Josef Koudelka, Prague: Torst, 2006

Koudelka Theatre comprend des photographies de productions importantes dans deux grands théâtres, le Théâtre sur la Balustrade et le Théâtre Derrière la Porte, ainsi que des images réalisées pour les couvertures de Divadlo. La maquette du livre est inspirée de l’ œuvre du principal graphiste et scénographe de l’époque dans le milieu du théâtre à Prague, Libor Fára (1925-1988), mari d’Anna Fárová, conservatrice et historienne de la photographie qui a aidé Koudelka au début de sa carrière. La typographie utilisée et a été créée par le Studio Najbrt en 2020, à partir d’une ancienne machine à écrire de l’époque évoquant les Samizdats, ouvrages clandestins interdits par la censure soviétique.

«Bougeant au milieu des acteurs, sur le plateau, j’étais capable de prendre la même scène, à de multiples reprises, mais différemment. Cela m’a appris à tirer le meilleur parti d’une situation donnée, et j’ai continué à appliquer cette méthode à mon travail.»
Josef Koudelka, interview donnée Bryn Cambell, World Photography, Londres, 1981.
Citation extraite de Josef Koudelka, l’Épreuve Totalitaire, de Jean-Pierre Montier, Delpire Éditeur, Paris, 2004.

 

Josef Koudelka. Né en Tchécoslovaquie en 1938. Il débute une carrière d’ingénieur aéronautique avant de se consacrer à la photographie vers la fin des années 1960. En 1968, il photographie l’invasion soviétique de Prague, ce qui lui vaudra de recevoir la médaille d’or Robert Capa, en 1969. Koudelka quitte son pays en 1970 devenant apatride, et rejoint peu après l’agence Magnum. Son premier livre Gypsies a été publié par Robert Delpire avec Aperture en 1975. Delpire a organisé plusieurs expositions du travail de Koudelka en commençant par sa propre galerie de la rue de l’Abbaye et a ensuite publié plusieurs autres livres dont Exils et Chaos entre autres. L’œuvre du photographe a été couronnée de nombreux prix, tels le prix Nadar (1978), le Grand Prix national de la photographie (1989), le grand prix Cartier-Bresson (1991), et le prix international de photographie de la Fondation Hasselblad (1992). Ses travaux ont fait l’objet d’expositions dans le monde entier. En 2012, Koudelka a été promu au grade de commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.

Photographies : © 2021 Josef Koudelka / Magnum Photos